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Eden caché - 1 -

Article par Philippe Sollers paru dans le nouvel Observateur n°2303-2304 du 24 décembre 2008 au 7 janvier 2009.

Dieu est mort, c'est entendu. Mais il a eu lieu. Et le paradis aussi. Et même si cette histoire est presque totalement oubliée, des éclairs peuvent nous parvenir encore dans nos vies encombrées et moroses.

L'enfer existe, nous en avons eu, et nous avons encore les preuves massives. Dieu est mort, il se survit comme il peut, le malheur et la misère débordent dans toute la littérature, seul Samuel Beckett nous fait signe, parfois, depuis une corniche du « Purgatoire » du même Dante, mais enfin qui oserait aujourd'hui maintenir l'hypothèse d'un paradis ? D'un bonheur parfait ? D'un amour qui ne serait que Lumière ? D'une compréhension absolue ? Personne, ou alors quelqu'un de complètement cinglé.

Cela dit, figurez-vous, Dieu a eu lieu, le paradis a eu lieu, et même si toute cette histoire est presque totalement oubliée, niée, occultée, censurée, des éclairs peuvent nous parvenir encore dans nos vies encombrées et moroses.

C'est Rimbaud, par exemple, nous disant qu'il a fait « la magique étude du bonheur ». C'est Joyce, c'est Beckett, tout deux fascinés par Dante. Ici, il faut franchir la représentation devenue rengaine : « dantesque » veut dire infernal et jamais paradisiaque. Le paradis, en somme, est trop difficile. Le bonheur est difficile, le vrai, pas ses ersatz.

On vous parle beaucoup, et mal, du retour des religions, ou encore des mystiques. Mais le voyage de Dante, lui, est initiatique, il se veut, et il est, progression vers la connaissance (c'est-à-dire la gnose). C'est une expérience historique et physique, une exploration des racines du temps. Le 14 avril 1300, soudain, est plus proche de nous que la confusion mondialisée du début du XXe siècle.
Au lendemain de tant de catastrophes, le bonheur du paradis est une idée neuve sur la planète.

On ne veut pas le savoir ? On préfère ses petits enfers ? Dante ne mérite ni le Nobel ni le Goncourt ? N'empêche que depuis que j'ai ouvert « la Divine Comédie », elle ne me lâche plus, elle se récite en moi, elle revient sans cesse, elle est là, ici, maintenant, dans un présent perpétuel. Il suffit d'écouter. Quelle musique !

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