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A. Breton et P. Soupault – Les champs magnétiques

Extraits des premières lignes :

Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantée ne nous touchent plus. A quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisir. Notre bouche est plus sèche que les plages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille.

(Manifeste du surréalisme, 1924.)

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- eau : source de vie, moyen de purification, centre de régénérescence. Les eaux (au pluriel : gouttes d'eau) représentent l'infinité des possibles, elles contiennent tout le virtuel, l'informel, le germe des germes, toutes les promesses de développement, mais aussi toutes les menaces de résorption.

S'immerger dans les eaux pour en ressortir sans s'y dissoudre totalement, sauf par une mort symbolique, c'est retourner aux sources, se ressourcer dans un immense réservoir de potentient et y puiser une force nouvelle : phase passagère de régression et de désintégration conditionnant une phase progressive de réintégration et de régénérescence.

=> Dans ces gouttes multiples, notre corps (65 % eau) est un perpétuel univers doué de sensibilité, mobile.

- villes sans bruits - affiches enchantés- ne nous touchent plus : les chants de la ville (vu comme un personnage) sont muets. Nous sommes prisonniers, emprisonnier par cette barrière d'eau

- à quoi bon ? : retour sur l'aspect de l'eau menaçante (résorption). Lorsque l'eau jaillit (-> enthousiasme fragile) inévitablement elle retombe, dans les airs, l'eau n'est plus, l'air est sec.

- astre : corps céleste, lumineux par lui-même ou réfléchissant la lumière solaire. Symbole de l'éclat, de la valeur de quelques chose ou de quelqu'un.

=> pour retrouver la vie, nous regardons les visages des autres, nous allons même les rencontrer dans les cafés.  Soupirs de soulagement, car en se rendant dans les cafés pour boire, l'eau nous ressource et assis à ces tables, notre eau fraiche devient poisseuse (collante, gluante, visqueuse). On retrouve le symbolisme de l'eau et son cycle.

Dans la ville, dans la rue, sur les trottoir, nous sommes secs. Il n'y pas cet échange et nous sommes l'ombre de nous-même

- Notre bouche est plus sèche que les plages perdues : la bouche est une muqueuse humide. La plage peut être la plage horaire, le temps qui s'écoule. L'eau qui ne coule plus, le temps stoppé => devenir muet.

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Razo

(n.f. « raison », en langue d’oc). Littérature sur la littérature, ce genre littéraire médiéval d’oc s’attache à préciser les circonstances qui ont présidé à la composition d’un poème, soit pour évoquer avec complaisance des évènements romanesques, soit pour éclaircir des allusions à une actualité politique dont le souvenir s’est perdu pour le public après quelques années ou quelques décennies.

Récit de pensée

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Récit/Roman

De nombreux écrivains et critiques ont repris la distinction récit/roman proposé par André Gide dans les années 1920. Alors que le roman tend à rendre compte du monde dans sa complexité et saisit l’occasion d’une ligne narrative pour déployer la réalité sous les yeux du lecteur, le récit présente les événements pour eux-mêmes, excluant autant que possible l’interférence de toute ambition non narrative. L’opposition est donc plus esthétique que vraiment générique : il s’agit bien dans les deux cas de narration fictionnelle, mais le récit oppose un souci constant de sobriété au foisonnement du romanesque. De fait, le récit est souvent bref, linéaire, à la première personne. On pourra opposer, sur cette base, Isabelle (1912) et Les Faux-monnayeurs (1925) de Gide, Alexis (1929) et L’Oeuvre au  noir (1968) de Marguerite Yourcenar.