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Neglegentia diligens

Cette expression due à Cicérion, que l’on peut traduire littéralement par « négligence diligente », désigne une notion cruciale de la pensée rhétorique classique : elle est liée à l’idée de naturel et appartient aux qualités du style simple. Elle vise l’idéal d’élégance de la parole souple et improvisée de la conversation (sermo), et s’oppose donc aux aspects trop artificiels d’une rhétorique publique : cet idéal nourrit tout l’imaginaire de la conversation classique, qui est elle-même le « patron » de la littérature mondaine (romans, nouvelles, comédies, poésies), et correspond aussi au naturel rêvé d’une langue française où l’on s’efforce de définir le « bon usage » en voulant échapper au pédantisme des grammairiens.
Venue de la rhétorique, cette notion est au cœur de la sociabilité mondaine qui s’instaure alors autour de l’idéal d’honnête homme : elle a été relayée par l’Italie (avec la sprezzatura décrite dans Le Courtisan de Baldassare Castiglione) et aboutit au « je-ne-sais-quoi » défini par le P. Bouhours, qui qualifie ainsi ce qui fait l’élégance d’un discours sans qu’il soit possible de le définir avec précision (Entretiens d’Ariste et d’Eugène, 1671)

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Razo

(n.f. « raison », en langue d’oc). Littérature sur la littérature, ce genre littéraire médiéval d’oc s’attache à préciser les circonstances qui ont présidé à la composition d’un poème, soit pour évoquer avec complaisance des évènements romanesques, soit pour éclaircir des allusions à une actualité politique dont le souvenir s’est perdu pour le public après quelques années ou quelques décennies.

Récit de pensée

On regroupe sous cette étiquette toutes les remarques qui, dans un texte narratif, portent sur la vie intérieur du personnage, présentent ses sentiments, ses impressions… ( Toutefois, la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne. Il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles, Stendhal, La Chartreuse de Parme ). Le récit de pensée permet donc, avec le discours intérieur (qui présente les pensées verbales du personnage) de rendre compte de la vie intime d’une conscience. On emploie parfois aussi, avec le même sens, « psychorécit », qui traduit l’anglais psycho-narration (D. Cohn).

Récit/Roman

De nombreux écrivains et critiques ont repris la distinction récit/roman proposé par André Gide dans les années 1920. Alors que le roman tend à rendre compte du monde dans sa complexité et saisit l’occasion d’une ligne narrative pour déployer la réalité sous les yeux du lecteur, le récit présente les événements pour eux-mêmes, excluant autant que possible l’interférence de toute ambition non narrative. L’opposition est donc plus esthétique que vraiment générique : il s’agit bien dans les deux cas de narration fictionnelle, mais le récit oppose un souci constant de sobriété au foisonnement du romanesque. De fait, le récit est souvent bref, linéaire, à la première personne. On pourra opposer, sur cette base, Isabelle (1912) et Les Faux-monnayeurs (1925) de Gide, Alexis (1929) et L’Oeuvre au  noir (1968) de Marguerite Yourcenar.