Accéder au contenu principal

Personnage de théâtre

Notion extrêmement complexe. L’origine latine du mot, persona, le masque nous invite à mettre en avant la dissociation entre la personne de l’acteur et le personnage joué, alors même que l’évolution du théâtre occidental a longtemps été caractérisée par leur confusion progressive.

Aristote, mettant l’accent sur l’action, désignait les personnages comme « ceux qui agissent » et « ceux qui parlent ». Le « caractère » leur est donné par surcroît. A l’époque classique et romantique, cette position est plus ou moins nettement remise en cause par un mode d’élaboration du personnage qui privilégie le caractère, la condition, la fiction d’une individualité subjective, psychologiquement définie, responsable de l’action. L’approche actancielle du personnage entre ainsi en tension avec une approche traditionnelle psychologique. Le personnage se caractérise à l’époque classique par une sur-dimension théâtralisante : héros dans la tragédie, caractères dans la comédie. Ce phénomènes, bien perçu par Marmontel et par Diderot, est pourtant pratiquement de plus en plus souvent dénié, à partir du XVIIIe siècle, à mesure que s’impose une esthétique théâtrale plus réaliste.

Le personnage est pris dans une tension d’un autre genre encore : tantôt sa définition tend vers l’individualité, comme c’est le cas pour des héros tragiques connus dans l’Histoire (Titus ou Néron) ou dans la fable (Phèdre), tantôt elle tend vers la généralisation (l’avare, le bourgeois gentilhomme).

Cette tension figure évidemment l’opposition de la tragédie et de la comédie. Dès le XVIIIe siècle, elle a pourtant fait l’objet de vives critiques idéologiques, poétiques et politiques de la part de Diderot et de Lessing, au nom de la représentation de l’homme, universel à travers sa nature particulière. Le théâtre du XXe siècle a fait voler en éclats ces clivages en pluralisant et en contestant de toutes les façons le personnage, dont l’incarnation peut être limitée à une voix dans l’obscurité, se démultiplier, être partagée entre plusieurs acteurs, réduite à l’état de marionnette ou de fantoche. Parfois son incarnation est refusée, il est alors mis à distance. Ses rapports avec le comédien sont remis en cause, tantôt dans la direction représentée par le travail de Leo Strasberg et de son célèbre Actors Studio ou, en France, par Tania Balachova, tantôt dans celle de Diderot ou de Brecht.

Posts les plus consultés de ce blog

Razo

(n.f. « raison », en langue d’oc). Littérature sur la littérature, ce genre littéraire médiéval d’oc s’attache à préciser les circonstances qui ont présidé à la composition d’un poème, soit pour évoquer avec complaisance des évènements romanesques, soit pour éclaircir des allusions à une actualité politique dont le souvenir s’est perdu pour le public après quelques années ou quelques décennies.

Récit de pensée

On regroupe sous cette étiquette toutes les remarques qui, dans un texte narratif, portent sur la vie intérieur du personnage, présentent ses sentiments, ses impressions… ( Toutefois, la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne. Il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles, Stendhal, La Chartreuse de Parme ). Le récit de pensée permet donc, avec le discours intérieur (qui présente les pensées verbales du personnage) de rendre compte de la vie intime d’une conscience. On emploie parfois aussi, avec le même sens, « psychorécit », qui traduit l’anglais psycho-narration (D. Cohn).

Récit/Roman

De nombreux écrivains et critiques ont repris la distinction récit/roman proposé par André Gide dans les années 1920. Alors que le roman tend à rendre compte du monde dans sa complexité et saisit l’occasion d’une ligne narrative pour déployer la réalité sous les yeux du lecteur, le récit présente les événements pour eux-mêmes, excluant autant que possible l’interférence de toute ambition non narrative. L’opposition est donc plus esthétique que vraiment générique : il s’agit bien dans les deux cas de narration fictionnelle, mais le récit oppose un souci constant de sobriété au foisonnement du romanesque. De fait, le récit est souvent bref, linéaire, à la première personne. On pourra opposer, sur cette base, Isabelle (1912) et Les Faux-monnayeurs (1925) de Gide, Alexis (1929) et L’Oeuvre au  noir (1968) de Marguerite Yourcenar.