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Préciosité

Ce terme du milieu du XVII siècle désigne un phénomène littéraire qui est aux confins de l’histoire de la langue et de la société mondaine. Il est dérivé de « précieuse », qui désigne la femme qui donne un « prix » supérieur aux autres : il correspond à l’effort grammatical et linguistique de certains cercles de femmes lettrées pour affiner la psychologie amoureuse telle qu’on la définissait dans les salons. La difficulté majeure pour le saisir est que ce courant est surtout connu par les critiques qu’il a suscitées (Les Précieuses ridicules de Molière en 1659), La Précieuse de l’abbé de Pure en 1656), et on a même pu aller jusqu’à dire que les précieuses n’avaient pas existé ! Au sens strict, il recouvre un phénomène propre aux années 1650, qui se caractérise par un langage très raffiné, goûtant les métaphores hardies, les pointes, la substantivation des adjectifs, et en général un mélange d’abstraction subtile et d’images déroutantes.

On a pu en faire un courant fondamental de la littérature française, qui irait des cours d’amour médiévales au raffinement stylistique d’un Giraudoux, mais cela lui ôte peut-être la portée fondatrice qu’il a dans la littérature et la civilisation du XVIIIe siècle français.

Effort linguistique, la préciosité prélude en effet cet art d’analyser subtilement le cœur humain qui caractérise le classicisme (Mme de La Fayette, Mme de Sévigné, Racine), déclinant toutes les nuances de l’âme amoureuse, à la manière dont Madeleine de Scudéry traçait les linéaments de sa carte du Tendre (Clélie, 1654-1660). Socialement, même si elle fut sévèrement critiquée, soit par les moralistes, soit par le théâtre, la préciosité incarne l’instance féminine qui régna alors sur la naissance d’une littérature purement française et d’essence mondaine opposée aux savoirs du collège (masculin et latin), qui sont le propre des pédants. Il faut donc lui reconnaître un rôle fondamental dans l’essor d’une littérature vernaculaire qui se préoccupe de psychologie et de morale amoureuses, annonçant la casuistique subtile des sentiments qui, de Marivaux à Proust, sera un des fleurons les plus remarquables de la littérature française.

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Razo

(n.f. « raison », en langue d’oc). Littérature sur la littérature, ce genre littéraire médiéval d’oc s’attache à préciser les circonstances qui ont présidé à la composition d’un poème, soit pour évoquer avec complaisance des évènements romanesques, soit pour éclaircir des allusions à une actualité politique dont le souvenir s’est perdu pour le public après quelques années ou quelques décennies.

Récit de pensée

On regroupe sous cette étiquette toutes les remarques qui, dans un texte narratif, portent sur la vie intérieur du personnage, présentent ses sentiments, ses impressions… ( Toutefois, la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne. Il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles, Stendhal, La Chartreuse de Parme ). Le récit de pensée permet donc, avec le discours intérieur (qui présente les pensées verbales du personnage) de rendre compte de la vie intime d’une conscience. On emploie parfois aussi, avec le même sens, « psychorécit », qui traduit l’anglais psycho-narration (D. Cohn).

Récit/Roman

De nombreux écrivains et critiques ont repris la distinction récit/roman proposé par André Gide dans les années 1920. Alors que le roman tend à rendre compte du monde dans sa complexité et saisit l’occasion d’une ligne narrative pour déployer la réalité sous les yeux du lecteur, le récit présente les événements pour eux-mêmes, excluant autant que possible l’interférence de toute ambition non narrative. L’opposition est donc plus esthétique que vraiment générique : il s’agit bien dans les deux cas de narration fictionnelle, mais le récit oppose un souci constant de sobriété au foisonnement du romanesque. De fait, le récit est souvent bref, linéaire, à la première personne. On pourra opposer, sur cette base, Isabelle (1912) et Les Faux-monnayeurs (1925) de Gide, Alexis (1929) et L’Oeuvre au  noir (1968) de Marguerite Yourcenar.